« Je médite ». Il m’a dit qu’il y a un coussin dans un coin de son bureau. Dix minutes, porte fermée, entre deux réunions. Et quelque chose dans sa manière de le raconter laisse entendre : voilà, je suis ce genre de dirigeant maintenant.
Celui qui s’arrête.
C’est sincère, je n’en doute pas, et… ça reste dans le coin du bureau. Dix minutes, puis il rouvre les dossiers, et l’homme du coussin attend le lendemain. La pratique semble ne rien toucher d’autre.
Il n’était pas là
Puis, au cours d’une session de coaching, il me raconte autre chose : un de ses collaborateurs était venu le voir, sur un sujet qui comptait beaucoup. Et il lui a répondu, justement, vite, comme toujours. Mais il n’était pas là.
Ce n’est pas un reproche qu’il se fait, « c’est juste un constat » précise-t-il.
Et nos échanges autour de ce constat a des effets : il sort la pratique du bureau. Il médite désormais chez lui, le matin, avant de venir sur site. Et là il n’y a personne pour le voir et savoir quel dirigeant il est. Et sans qu’il le décide vraiment, il observe que la durée de pratique s’allonge. Dix minutes deviennent quinze, puis vingt. Puis trente.
Et puis ça cesse d’être une démonstration
Ce qu’on travaille ensemble, ce n’est pas sa technique. C’est la différence entre « faire » dix minutes de présence et « être » présent. Tant que c’était dans le bureau, il y avait quelqu’un à qui le montrer. Chez lui, seul c’est… juste lui, avec lui.
C’est là que ça commence à permettre autre chose.
Présent et sans l’avoir décidé
Je lui demande un jour comment s’est passée sa dernière réunion vraiment difficile. Il revient volontiers sur un moment précis : au lieu d’enchaîner comme d’habitude, il est resté, une seconde de plus présent à ce qui se passait dans la salle, en lui, ce qu’il voyait des autres. Il n’était pas fixé sur ce qu’il allait répondre. Il ne l’avait pas vu venir. Il ne l’avait pas décidé. C’était juste là.
Rien de spectaculaire ce jour-là, pourtant la réunion n’a pas pris le tour habituel.
Désormais, il ne médite plus pour s’arrêter dix minutes.
Il médite pour être là le reste du temps.
