Légitimité au CODIR : quand prouver remplace exister
La première fois qu’elle me décrit une réunion de CODIR, je note quelque chose. Pas dans ses compétences, mais dans la façon dont visiblement elle les met en jeu.
Chaque prise de parole est blindée. Les chiffres, les contre-arguments, les scénarios alternatifs. Elle ne dit jamais « je pense ». Elle démontre. Elle ne propose pas. Elle prouve.
Pour elle, ce n’est pas de la rigueur. C’est ce qu’elle a appris à faire pour occuper une place que personne, autour de cette table, ne lui a vraiment offerte.
Ce qu’elle protège
Je comprends assez rapidement que tout se passe comme si elle devait reconstruire sa légitimité à chaque réunion. Comme si la précédente ne comptait pas. Comme si un faux pas suffisait à effacer tout le reste. Ce n’est pas de la fragilité. Mais c’est clairement le prix d’entrée qu’on ne demande pas aux autres.
Elle le sait confusément. Et c’est là qu’on commence à travailler ensemble.
Ce qui change
Quelques semaines plus tard, elle revient avec quelque chose de différent dans la voix. En plein CODIR, un sujet sur lequel les avis divergent. Elle a pris position. Clairement, sans préambule, sans batailler, de façon directe : juste une phrase et aucune démonstration derrière. Un simple silence… puis la réunion a continué.
Rien ne s’est effondré. La table était toujours là. Et elle aussi.
Elle n’a pas changé de poste. Elle a changé de posture. Ce n’est pas la même chose. Et c’est énorme.
