Il dirige depuis dix ans. C’est la première fois qu’il parle vrai.
Il m’a contacté sans vraiment savoir comment appeler ce qu’il cherchait. Un sparring partner, qu’il disait. Quelqu’un avec qui penser à voix haute. Pas un coach. Pas un thérapeute. Pas un consultant. Quelqu’un qui tienne le silence et la contradiction en même temps.
On s’est mis d’accord sur un cadre inhabituel. Une fois par mois. Deux heures. En extérieur. Sur des chemins : verts l’été, blancs l’hiver. Pas de salle de réunion. Pas de tableau blanc. Aps de post-it. Pas de compte-rendu.
Il dirige depuis dix ans. Une organisation de taille intermédiaire, des enjeux réels, une équipe de direction qu’il a en partie construite. Il est compétent, reconnu et respecté.
Et depuis dix ans, il parle pour décider, pour convaincre, pour rassurer, pour arbitrer. Rarement pour comprendre ce qui se passe en lui. Non pas rarement, jamais en fait.
La première marche
La première séance, il arrive avec un ordre du jour. Trois sujets. Des faits. Des questions précises. Je l’écoute. Je ne prends pas de notes. Au bout de vingt minutes, je lui pose une seule question : « Qu’est-ce que vous ne dites à personne dans votre organisation ? » Long silence. Puis quelque chose change dans sa façon de marcher.
Ce qu’il dit ensuite, il ne l’a jamais dit à voix haute. Ni à son DRH, ni à son président. Pas plus d’ailleurs qu’à sa femme. Il parle d’abord d’une fatigue ancienne. Il évoque son doute sur le sens. Et puis finalement ce jour là, une solitude qu’il avait appris à rendre invisible.
Ce n’est pas une confession. Ça tombe bien, je ne suis pas habilité à cela. C’est une requalification. Il commence à voir sa situation autrement : non plus comme un problème à résoudre, mais comme une réalité à habiter avec plus de lucidité et de discernement. Et c’est déjà une changement important.
Ce qu’est la supervision de dirigeants
La supervision de dirigeants n’est pas du coaching de performance. Ce n’est pas non plus de la thérapie. C’est un espace de recul professionnel, confidentiel et régulier, dans lequel un dirigeant peut examiner ce qu’il vit : ses décisions, ses relations, ses doutes, ses angles morts. Et surtout c’est avec quelqu’un qui n’est ni dans son système, ni dans sa vie personnelle. Le superviseur n’est pas là pour donner des réponses. Il est là pour que les bonnes questions deviennent audibles.
Ce travail s’adresse aux dirigeants qui ont compris que la lucidité sur soi-même n’est pas un luxe. C’est une condition de l’exercice responsable du pouvoir.
Ce qui change avec le temps
Après six mois, il ne vient plus avec un ordre du jour. Il arrive, on marche, et il commence à parler de ce qui s’est passé depuis la dernière fois. Pas les événements. Mais la façon dont il les a traversés. Ce qu’il a évité. Ce qu’il a assumé. Ce qu’il comprend maintenant qu’il ne comprenait pas avant. Sa façon de conduire les réunions de CODIR a changé. Pas parce qu’il a appris une technique. Parce qu’il s’est rendu compte de ce qu’il projetait sur ses collaborateurs, et de ce qu’il leur demandait sans le dire.
Il dirige depuis dix ans. C’est la première fois qu’il dirige depuis un endroit stable en lui.
Laurent Castelot est superviseur de dirigeants accrédité coach professionnel EMCC EIA Master, basé à Strasbourg (Grand Est). Il propose des sessions de supervision individuelle pour dirigeants, en présentiel et à distance, à un rythme mensuel. Il est l’un des 14 praticiens détenant le niveau EIA Master en France à mi-2026. L’atelier du sens accompagne des dirigeants d’organisations privées et publiques depuis 1999 : CNRS, Conseil de l’Europe, EDF, AXA, SNCF, Enedis, Groupe VYV, Région Grand Est.
