Quand elle me parle de son équipe, il y a de la fierté dans sa voix. Elle les tient à l’abri. La pression du CODIR, les arbitrages qui changent trois fois, les mauvaises nouvelles mal ficelées : rien de tout ça ne descend jusqu’à eux. Elle filtre, elle absorbe, elle reformule. Ses collaborateurs travaillent au calme pendant qu’elle encaisse. Et ça, elle sait le faire. Elle le fait bien, et elle le sait.
D’où ça vient
Elle a eu, il y a une quinzaine d’année, une manager qui ne protégeait rien. Tout passait : les coups, l’humeur du jour, les mauvais coups,l’urgence brute. Elle en a gardé une promesse silencieuse : jamais elle ne ferait subir ça à quelqu’un. Une formation est venue sceller le tout : la protection de l’équipe y était posée comme le cœur du métier. Depuis, elle protège. C’est sa signature. C’est ce dont elle est le plus fière.
Le prix du calme
Ce qu’on va progressivement dessiner ensemble, elle et moi, c’est une équipe qui ne grandit pas. Personne, derrière elle, n’a jamais porté le poids réel d’un arbitrage. Personne n’a eu à tenir seul face à un dessus difficile. Ils sont bons, mais au sec. Le jour où l’un d’eux devra monter d’un cran, il n’aura rien sous les pieds : elle aura tout pris à sa place.
Et c’est là que c’est difficile. Ce que je touche, ce n’est pas un défaut à corriger. C’est une qualité, construite pour réparer quelque chose d’ancien. Pas simple de proposer à quelqu’un de moins bien faire ce dont il est fier.
Elle a appris à protéger pour ne pas reproduire.
Personne ne lui a dit que trop protéger, c’est reproduire autrement.
