La première fois qu’il s’assoit en face de moi, il n’a pas l’air d’un homme en souffrance. Il a l’air d’un homme qui s’ennuie, et qui ne comprend pas pourquoi. Il dirige une entreprise qui marche : deux fois par an aux Maldives, quatre voitures au garage. Rien ne manque. Et c’est peut-être justement ça le problème.
Le canapé plus grand
Il a déjà consulté un collègue coach. Ce qu’il en a retenu : installer un canapé plus grand dans son bureau, pour se reposer quand il est fatigué… Il n’avait pas besoin d’un canapé. Il avait besoin qu’on lui tienne tête.
C’est trop facile
Très vite, je le vois faire avec moi ce qu’il fait partout : il teste, il déjoue, il garde la main. Il « balade les gens » : clients, partenaires, parfois son propre comité. Pas par cynisme. Par habileté devenue réflexe. Et un jour, il le dit : il gagne, et il ne ressent plus rien en gagnant. Ce n’est pas de la fatigue. C’est l’absence de résistance. Il n’a plus rien à mordre. Il sait encore comment. Il ne sait plus pour quoi.
Quelqu’un qui ne lui doit rien
Ce n’est pas une méthode qui l’a sorti de là. C’est une conversation à parité : quelqu’un hors de son champ, qu’il ne peut ni impressionner ni balader. Avec qui penser à voix haute sans tenir un rôle. De là, pas de réponses. Une autre façon de regarder ce qu’il construisait, et ce qu’il aurait encore envie de construire.
La perte de sens chez un dirigeant qui réussit n’est pas un paradoxe. C’est une étape. Elle demande à être regardée, pas meublée.
